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La légende de Sainte-Barbe

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C'est parce que le feu du ciel a vengé le martyre de Sainte Barbe que sont placés successivement sous son patronage tous ceux – pompiers, mineurs, artilleurs, polytechniciens, notamment – que leur métier expose à affronter le péril des flammes.

Barbe était la fille de Dioscore, roi païen du IIIème siècle, relevant de l'empereur Maximin, et qui accablait de ses persécutions farouches les chrétiens de Nicomédie, l'actuelle Ismid, sur la mer de Marmara, entre Dardanelles et Bosphore. En dépit de la claustration où la tenait ce père tyran, Barbe, cependant, avait été séduite de bonne heure par ce qu'elle avait appris de l'Evangile. Dioscore ne devait pas l'ignorer puisque, chaque fois qu'il s'absentait, il l'isolait dans une tour, au pied de laquelle veillait une garde spéciale. Vaines précautions : il suffit d'un de ses voyages pour que le prêtre Origène s'introduise auprès de la recluse et lui administrât le baptême.

Barbe n'avait pas vingt ans. Dès le retour de Dioscore, elle lui annonce sa conversion. Il entre en fureur, la somme d'adjurer. Elle refuse. Il l'a fait charger des fers, jeter en prison, passer en jugement, condamner au supplice : trois jours de tortures. Les bourreaux la flagellent en public, font jaillir le sang sous la cinglée de leurs verges. On la roule, nue, dans des éclats de poteries brisées, on la brûle au fer rouge, on l'écartèle sur une herse de pointes de glaives, on lui lacère les seins avec des crocs de boucher. Son père, enfin, déchaîné par sa résistance, revendique l'atroce office de l'achever par la décollation.

Mais, à peine le fer de sa lame a-t-il entamé le cou de la vierge immolée qu'un éclair foudroie le père monstrueux. Le craquement du tonnerre disperse la populace. Restés seuls, maîtres de la place, les chrétiens peuvent rendre en paix les derniers devoirs à la dépouille de leur nouvelle sœur de religion. Ils vont l'inhumer pieusement à Gélasse, élèvent sur sa tombe un monument qui, tout de suite, attire des cohortes de pèlerins. Les spectateurs du supplice de la veille y tombent à genoux et se convertissent, des aveugles y recouvrent la vue, des muets la parole, des paralytiques l'usage de leurs membres, des fous la raison. Ainsi s'intitule culte de

l'éternelle patronne

de tout ce qui brûle, éclate,

fulgure et détonne …

Des monastères arborent son nom dans tous l'Orient, l'écho de sa gloire élargit ses cercles jusqu'à nous. Le premier, en France, un châtelain normand du XIIIème siècle, reprend à Saint Martin le parrainage d'un couvent des environs de Lisieux pour l'attribuer à Sainte Barbe. La dramaturgie médiévale tire de l'histoire de son martyre l'un de ses "Mystères" les plus populaires, les sculpteurs peuplent les cathédrales des statues de la miraculée de Nicomédie, miniatures et vitraux multiplient partout sa présence.

On l'invoque contre cent maladies, de la rougeole à l'eczéma, les femmes stériles l'implorent de leur donner des enfants, les paysans pour écarter de leurs champs les parasites. Sa virginité la désigne, même longtemps avant Sainte Catherine, à la protection des filles écartées du mariage. Il suffit, aussi, qu'apparaisse une technique nouvelle où intervienne le feu, pour que ses artisans se réclament d'elle. On n'oublie pas, non plus, que c'est surtout à la force de son propre raisonnement qu'elle avait acquis sa première conviction. D'où la dévotion particulière des étudiants. Une légende de Provence recommande même de mettre à germer, le 4 décembre, du blé en grain dans une assiette d'eau : s'il verdit à Noël, on est assuré d'une bonne récolte pour l'an suivant.

 

(In « Sauver est leur devise – Edition SOS – 1957)

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